|
Lettre adressée à M.Graff, PDG des Aéroports de Paris
Aubervilliers, le 9 juin 2009
Att :
Monsieur Pierre GRAFF, Président Directeur Général des Aéroports de Paris
Monsieur,
Je vous remercie de votre réponse concernant notre lettre sur les Parking Pro et je m’adresse à vous personnellement car je continue à penser qu’il doit s’agir d’un malentendu et nous, Transport Contact, nous vous proposons notre intermédiation pour le dissiper.
Alors que diverses actions ont permis au grand public d’être sensibilisé à la question écologique, je fais référence à Home, le film de Yann Arthus-Bertrand visionné par plus de 10 millions de français et diffusé à échelle mondiale et au lendemain d’un scrutin appuyant la volonté européenne de renforcer la cause écologique, nous sommes certains que les ADP, elles aussi, veulent s’inscrire dans cette démarche et non dans son contraire.
Il nous est impossible de croire que le dispositif Parking pro, instauré par les ADP, ne vise uniquement qu’une recherche de profit à tout prix. Aux yeux de toute la profession du transport de passagers, il représente un non-sens écologique et économique et dans ce sens pourrait affecter non seulement les intérêts des voyageurs (augmentation des prix proposés) ainsi que toute la filière touristique française.
Transport-Contact oeuvre dans ce sens en essayant de réduire les déplacements des transporteurs sur les routes grâce à sa bourse d’échanges et nous serions ravis de vous ouvrir les portes pour une participation dans notre capital qui pourrait aider le financement de parking Pro.
Tout d’abord je réponds aux justifications avancées dans la lettre signée par vous-même le 25 mai 2009 qui nous permet de comprendre davantage les fondements de votre décision et nous espérons, par la présente, vous apporter quelques remarques qui pourraient s’avérer utiles.
Vous nous écrivez : « La réalisation de ce service outre l’intérêt évident qu’il présente sur le plan de la qualité offerte à nos clients, résulte d’une volonté d’ADP de s’inscrire dans les évolutions en cours de la réglementation des transports de voyageurs visant à mieux faire cohabiter l’ensemble des professionnels de ce secteur d’activités (taxis, motos, shuttles, autocars)».
Ceci laisse donc entendre que vos services interprètent et vous informent qu’en créant des Parking Pro payants, vous aidez à la bonne application de la réglementation afférente aux transports.
Cela mérite d’être éclairci par les législateurs et nous nous proposons de les interroger ainsi que tous les ministres et députés en fonction pour avoir une idée précise de la réglementation qui aurait pu aider la Direction des ADP à prendre une décision si surprenante. En effet, elle va à l’encontre de la volonté affichée par le gouvernement de contribuer au développement durable et à toute démarche écologique ainsi qu’à l’encontre des intérêts économiques français. Or, nous savons que les ADP sont toujours à la recherche de solutions consensuelles avec leurs partenaires.
Je me permets de vous interroger sur la réglementation en vigueur qui justifierait la mise en place des parkings payants.
Par ce courrier, je vous informe que ce dispositif engendre des coûts conséquents, inexistants auparavant, et jugés exorbitants par ceux même que vous voulez servir. Selon vos dires, seuls deux autres aéroports (Nice et Amsterdam) sur un total de 14.000 (ayant une adresse ICAO) ont pris la décision d’implanter des parkings pro. Ainsi, 13.998 aéroports à travers le monde ont une politique différente ?
Quelle réglementation justifierait que des emplacements soient réservés à une catégorie de transporteurs et pas à d’autres ou bien permettrait des inégalités dans les tarifs appliqués, créant ainsi un surcoût pour certains, alors que les acteurs du transport public sont tous soumis aux mêmes organismes de tutelle et de contrôle?
Quelle réglementation exige aux transporteurs professionnels qui apportent une véritable valeur ajoutée à l’industrie touristique française de payer plus que les utilisateurs particuliers des parkings ?
Vous mentionnez d’autre part l’image valorisante de ce service. Les espaces parking demeurent inchangés, seuls les automates de paiement ont amputé de la surface de stationnement et le cheminement des clients a été allongé. S’ajoute une fraîche couche de peinture et quelques panneaux de signalisation difficilement compréhensibles par les touristes.
Les lourds investissements qu’ADP a consenti qui « justifieraient pleinement » cette mesure ne peuvent être autres que ceux destinés à l’encerclement des emplacements, aux barrières, et aux automates nécessaires au paiement des parkings. Aucun autre changement n’est constatable.
Vous faites références aux services qui existeraient déjà en citant deux aéroports : celui d’Amsterdam Schiphol et celui de Nice.
D’après nos informations, il existe dans l’aéroport hollandais des emplacements gratuits pour les autocars sur le même site que celui des taxis. Si vous faites référence au P41, les installations y sont tout à fait différentes par rapport aux aménagements des ADP (salle d’attente, boissons, téléphones reliés aux terminaux) quant au tarif forfaitaire, il s’élève à 10 € par autocar, pour une durée illimitée.
En outre, force est de constater qu’un comparatif ne peut être encore moins établi entre l’aéroport de Nice et l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle à Paris. En effet, de par leurs caractéristiques ils diffèrent puisque l’aéroport de Nice ne dispose que de deux terminaux (donc deux sorties de passagers), ce qui implique un temps de traitement des bagages bien inférieur et d’une redevance annuelle de 280 € par véhicule (mini van) par exemple, sans aucune limitation de temps. Aucun parallèle n’est faisable avec les ADP.
Vous nous informez aussi que vous octroyez 10 minutes gratuites (15 minutes pour les autocars) pour la dépose de passagers quand le problème ne se situe pas dans la dépose sinon dans la prise en charge.
Dans un deuxième temps, permettez-moi de vous expliquer en quoi Parking Pro est un non-sens écologique et économique.
L’accueil effectué par les transporteurs de passagers du tourisme dit « organisé » est aujourd’hui une réalité non pas que dans les deux aéroports sus-mentionnés, sinon dans tous les aéroports à travers le monde (non-payants pour les professionnels). Cette activité est reconnue mondialement comme le moteur du tourisme.
Le tourisme organisé fonctionne de la façon suivante :
Un touriste qui ne parle que la langue de son pays se rend dans une agence de voyages.
Celle-ci lui vend un billet aérien, un hôtel et un accueil à l’arrivée à l’aéroport de destination dans la langue qui est la sienne.
Voilà toute la différence entre un transport public et un transport public dit « précommandé » dans les aéroports.
Le touriste en question est pris en charge à son arrivée par un personnel formé, capable de parler sa langue, de lui donner des informations importantes et l’inciter à la consommation, dans l’intérêt du secteur touristique français (dans notre cas, incitation aux achats dans les grands magasins, excursions, visites, cabarets).
Ceci contribue donc non seulement à l’ensemble de l’économie française mais également à celle des ADP car les agences de tourisme vendent Paris grâce aux services personnalisés proposés qui rassurent les voyageurs.
Du point de vue du transport des touristes, les mini vans et les autocars constituent un moyen privilégié pour effectuer cet accueil en désengorgeant les routes de par le transport de masse qu’il implique.
L’aéroport CDG, qui avait était conçu à l’époque pour un trafic moins important, est l’un des seuls aéroports au monde à proposer autant de sorties possibles pour les passagers. Avec trois blocs et neuf terminaux, éviter les voyages inutiles est un véritable casse-tête pour les sociétés de transport. En effet, tous les voyageurs d’un groupe n’arrivent pas dans le même vol et nous nous appliquons, dans un but écologique et économique, à regrouper les passagers de plusieurs vols dans un seul véhicule. Or, la durée de stationnement dans l’aéroport s’en voit par conséquent prolongée.
Dans un souci d’éviter les voyages à vide et de minimiser les frais et la pollution liée à l’activité de transport, Transport-Contact a pour objet de permettre à nos membres d’échanger leurs plannings pour que lorsqu’un véhicule dépose des passagers à l’aéroport il puisse trouver un groupe en « arrivée ». Ceci obéit à une logique mais encore, il leur faut « une place de parking » pour pouvoir attendre le vol qui viendra. En effet, l’idéal serait d’arriver avec des passagers et repartir aussitôt avec d’autres mais ceci est impossible. De une à plusieurs heures peuvent s’écouler en attente du prochain vol.
Les retards de vols sont partout monnaie courante, toutefois, de par sa taille, il est fréquent à CDG de voir un vol arriver dans un autre terminal que celui qui était initialement prévu.
De plus, la sortie de passagers avec leur équipage provenant de vols internationaux peut prendre de 30 mn à 1h30. Lorsqu’il y a perte de bagages le temps d’attente peut aller jusqu’à 2h30, les chauffeurs des sociétés de transport ne pouvant être informés. Si je me base sur vos dires, 13.999 aéroports ne pénalisent pas les professionnels du fait de ces attentes qui ne leur sont en aucun cas imputables.
L’état du trafic sur les routes d’accès est également une question que se pose les professionnels du transport. Les embouteillages, accidents et alertes à la bombe étant imprévisibles et aléatoires, les chauffeurs se doivent d’être en avance pour assurer un bon service ce qui, là encore, explique l’attente dans l’aéroport.
Le tourisme dit « organisé » fonctionne avec des tarifs « fixes » (la plupart des transporteurs perçoivent un forfait pour le transport indépendamment des retards ou des attentes aux aéroports car celle-ci sont impossibles à déterminer en avance) publiés d’une année pour la suivante. Comment faire quand un passager prend une heure pour sortir?
Les tarifs 2009 ont été déterminés en septembre 2008 et publiés partout dans le monde.
Une charge supplémentaire pour les entreprises de transport sera insupportable pour une grande majorité dans un moment de crise où le CA et les marges sont nettement inférieurs à ceux des années précédentes.
Augmenter les prix du transport des transferts ADP – Paris pour les voyageurs se rendant à Paris est une contrainte supplémentaire dans leur choix de destination, le prix du transport à l’arrivée étant souvent un indicateur des niveaux de prix sur place. Tout le monde sortira lésé de cette histoire, inclus les ADP.
Vous avez déjà connaissance des embouteillages provoqués par la dépose minute les jours d’affluence, qui n’ont rien résolu au problème de l’approche des véhicules dans les terminaux bien au contraire, et je crains que ce nouveau dispositif voit naître encore plus d’inconvénients que de solutions.
En effet, les transporteurs choisiront de circuler ou de stationner en amont afin de ne pas payer cette redevance avec tous les inconvénients, encombrements, pollution, fatigue et stress des chauffeurs risquant d’accroître le nombre d’incidents du fait de cette mesure.
Pour toutes ces considérations, nous appelons à votre bon sens à savoir revenir en arrière sur une mesure dont l’impact pourrait occasionner non seulement le mécontentement des professionnels du secteur mais qui ternirait aussi l’image des ADP et celle de Paris et la vôtre lors du prochain Conseil d’Administration ; car je continue à croire que vos conseillers ont une vision partiale du problème et n’ont pris uniquement en compte que l’intérêt économique sans peser tous les éléments.
J’insiste que changer d’avis parfois est un signe de grande sagesse et peut être valorisant pour l’image véhiculée par les ADP jusqu'à aujourd’hui pendant votre direction.
Je me mets à votre disposition et celle de toute votre équipe pour contribuer à trouver des solutions viables.
Dans l’attente de vous lire très prochainement, veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.
Ricardo Blanch
Directeur de Transport-Contact.com
|